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Sous le thème des mères

Sous le thème des mères

À toutes les mamans,

Tous ces magnifiques textes rédigés par plusieurs auteurs de la Mauricie sont sous le thème de la mère. Nous espérons que ces textes rendront cette journée plus créative et inspirante.

Bonne lecture!

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Les mères

Les mères
elles existent de différentes manières…

 

Celles qui portent leurs enfants quelques mois dans leur corps puis toute une vie dans leur cœur…
Celles qui deviennent des battantes pour leur enfant avec des défis et des besoins particuliers…
Celles qui ont fait leur un enfant de la »crèche » ou ont pris le relais d’une maman malade ou disparue…
Celles qui deviennent « belles » par les enfants que leur nouvel amour amène dans leur vie…
Celles qui ont tout essayé et qui portent la tristesse de ne pas avoir vu la vie fleurir en elles…
Celles qui prennent pour le leur un enfant du bout du monde ou celui de la DPJ…
Celles qui donnent deux mères à leur enfant…
Celles qui deviennent porteuses du désir d’enfant des autres…
Celles dont le cœur est assombri du deuil d’un enfant envolé…
Celles qui ne se laissent pas arrêter par leur handicap pour enfanter…
Celles qui ont redonné à la vie un enfant qu’elles savaient qu’elles n’étaient pas prêtes à accueillir…
Celles qui sont enfermées dans les prisons de la maladie mentale ou de la dépendance…

Celles qui assurent seules l’éducation de leurs enfants…
Celles qui sont traversées de l’autre côté en laissant des cœurs orphelins…
Celles qui immigrent ou quittent leur foyer pour tenter de donner un avenir meilleur à leur enfant…
Celles qui n’ont pas su l’être assez et dont on a du signaler les enfants…
Celles qui luttent contre la pauvreté, la famine, les abus et toutes les violences…

 

Nos mères sont
ces femmes qui ont porté chacune et chacun de nous
Elles sont aussi toutes les autres
qui ont suscité la vie en nous
Elles sont ces tantes, ces enseignantes, ces soignantes, ces aidantes
qui ont croisé notre route pour nous donner le meilleur de ce qu’elles sont
afin que nous soyons porteuses et porteurs de vie à notre tour…

 

Bonne fête des mères… à toutes les mères!

Sylvie Poisson, 2020

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Pendant que tu dors

En berçant, en chantant, je me découvre des bras qui recentrent le monde.

Dans la nuit se réveille un souvenir qui dormait sur mon cœur comme un gros chat enroulé, une patte sur les yeux. Je me souviens des bras de ma mère.

Il n’y a plus de temps. Je pense à la première fois où tu as dit maman.

Je deviens assez grande pour faire pousser une forêt, un ciel avec des oiseaux, du vent.

 

Virginie Blanchette-Doucet, 2020

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Au jardin de démence

Ma rencontre récente avec Quincy Parker dans les jardins de l’institut psychiatrique m’a rappelé une mère, la mienne, de qui je n’ai jamais été proche si ce n’est au temps de sa démence. Maman a toujours été une femme méfiante de tout et de tous, distante, et détentrice de quelques vérités implacables, quoique grossièrement définies et pour cela changeantes, à l’aune desquelles elle jugeait chacun. Nous n’avons pu lui échapper, ma sœur et moi, que par la distance que nous avons mise entre elle et nous : distance géographique dans le cas de ma sœur, relationnelle dans mon cas.

J’ai ainsi passé plus de soixante ans de ma vie à me détacher de ma mère jusqu’à ce qu’elle soit affectée, quelques années avant sa mort, d’une démence douce qui la fit confondre les gens, les temps et les lieux, le bien et le mal, et qui fit d’elle une femme attachante et de moi un être indéfini et malléable au gré de ses dérangements, un inconnu à qui elle demandait des nouvelles de sa famille et quelquefois en donnait. Elle était une enfant, une jeune fille, une jeune femme d’un autre temps en d’autres lieux. Il arriva, je me souviens, que le centre d’hébergement de longue durée où elle vécut les derniers mois de sa vie devînt le pensionnat où, grande enfant ou jeune fille, elle avait passé l’année pendant laquelle sa mère, atteinte d’anémie, souffrit d’une grande asthénie qu’elle, ma grand-mère, sa mère, surmonta en s’alimentant d’abats que son fils aîné, mon oncle, allait chercher à l’abattoir de la petite ville où ils vivaient. C’était dans les années 1920.

Un jour de la fin des années 1990, je suis auprès de maman au centre d’hébergement, à l’étage des déments. Elle ne sait qui elle est, où elle est, ni qui je suis. Elle est vieille de corps et d’âme. Je lui tiens la main sans qu’elle semble être consciente de ma présence. Puis, soudain, la voilà qui me regarde droit dans les yeux, vive et allumée, triste aussi, et me demande des nouvelles de Rolland. Illumination fugace. Je comprends qui je suis, à ses yeux, à cet instant, et le deviens aussitôt. Je comprends que je suis Napoléon, son frère venu la visiter au pensionnat. Elle a quinze ans. Je lui parle de mon oncle Rolland, devenu dès lors notre frère, et de grand-maman, devenue notre maman, à elle et moi, ma mère et moi. Je lui parle de ce temps que je n’ai pas connu, de ce temps de l’oubli. Sitôt arrivée, sitôt partie. Elle n’est déjà plus là. Ni ici, ni ailleurs. Et moi, je ne suis plus qu’un enfant d’un autre temps.

Voilà qui explique le goût de maman pour le foie cru qui combat l’anémie et mon attrait pour certaines démences qui font voyager les êtres et les rapprochent.

 

André Hamel, mai 2020

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Des corbeaux pour grandir

Depuis des années, j’ai des corbeaux qui me picorent le cœur. J’ai bien tenté de les nourrir autrement, de calmer leur hargne de ma petite personne, rien n’y fait. Ils sont mes démons secrets, qui me suivent comme l’ombre que je ne veux plus être. Parfois, avec un effort qui m’est étranger, les corbeaux se taisent quelque temps. Jamais bien longtemps. Avec ton arrivée dans ma vie, leurs chants ont repris avec beaucoup trop d’insistance. Ils me crient mon incapacité à ne pas te transmettre les blessures de mon passé. Je l’avoue, j’ai peur. Peur de te voir grandir avec ma crainte dans les yeux. Peur de te voir t’éloigner avec une carapace insuffisante. Peur aussi, à force de vouloir t’éviter mes propres erreurs, de te voir tomber dans l’extrême opposé : te voir envelopper ton petit cœur d’une couenne si épaisse qu’il ne se laisse toucher par rien. J’espère à trouver le juste milieu, mais la vie loin de moi, c’est comme les grandes villes, c’est dangereux. C’est pourquoi je préfère la campagne.  J’aurais de loin souhaité que la petite enfance s’éternise sur toi, avec les champs à perte de vue, le soleil qui brille fort et ton rire qui fait partit du paysage. Que le temps suspende sa respiration pour que tu puisses prendre ton élan tout doucement, pour que tes pas un jour deviennent plus grands. Mais la course du temps est indépendante de ma volonté. Alors, moi qui voulais te garder petit bébé, j’ai dû te laisser entrer à l’école. Bien malgré moi, j’ai dû échanger la nature contre le béton.

 

Il m’aura fallu un certain nombre d’années avant de m’en rendre compte, mais en devenant mère, je suis devenue féministe. La pensée s’est installée doucement en moi, et elle s’accroche maintenant avec conviction. Mais je suis une Femen pudique, une féministe en pantoufles; je ne ressens pas le besoin de faire l’étalage de mes idées ni de montrer mes atouts féminins pour me prouver que mon corps m’appartient. Même si tous les moyens pour se faire entendre et respecter sont bons, tous ne sont pas les miens. Je suis donc une féministe sans grands discours; je n’ai que mes petites idées qui tracent un chemin entre mon cœur et le tien.

 

Peut-être trouves-tu parfois que mes actions se contredisent. Mais ce n’est pas le cas, et voici pourquoi : le contenant et le contenu sont deux choses bien distinctes. Je peux à la fois te parler d’estime de soi, et décider d’aller au dépanneur en pyjama, la mise en plis oubliée au fond du tiroir de brosses à cheveux. Je ne m’aime pas moins ainsi. Je le fais simplement par envie. Pour moi. Je peux aussi passer beaucoup trop de temps à essayer des vêtements, sans arriver à être satisfaite de mon profil, et te dire que le regard que les autres posent sur toi n’a aucune importance. Je peux le faire, parce que désormais, c’est uniquement à moi que je veux plaire. Je n’accorde plus d’importance aux regards que les autres posent sur moi. J’arrive même à te parler de l’importance de t’aimer telle que tu es tout en cachant ma fatigue sous une couche de maquillage. Tout ça, avec la plus grande cohérence. Je n’en suis pas moins convaincue du bien-fondé de mes idées. Je l’avoue, mes réflexions sont essentiellement égoïstes. Et ça me va ainsi. Ce chemin-là, je le trace un peu pour moi, mais davantage pour toi et tes sœurs.

 

 

Les cinq premières années de ta vie, j’ai réussi à te tricoter une courtepointe d’idées qui allait, je l’espérais, réchauffer ta confiance et ton estime qui, parfois, montraient quelques signes de faiblesses. J’ai encouragé ton désintérêt pour les poupées; je t’ai offert des petites autos en cadeau. Petit bébé, je t’habillais de couleurs neutres. Je ne voulais pas t’habiller systématiquement « en fille », je voulais que tu ne sois pas limitée aux stéréotypes que ton genre t’avait attribuées à la naissance. En fait, mon désir premier était de te voir grandir le plus loin possible de ces considérations. Tu deviendras bien ce que tu voulais après tout. Je t’ai aussi plusieurs fois répété qu’il n’y a pas de couleur, de jouet ou de métier « pour les garçons » ou « pour les filles ». J’ai simplement essayé de semer, chez toi, des petites graines de « possibilités infinies » : rien ne doit t’empêcher de t’épanouir, surtout pas des considérations de genres. Et jusqu’à ton tout premier jour d’école, mon plan a plutôt bien fonctionné.

 

Mais lorsque tu t’es assise dans le ventre de l’autobus, j’ai réalisé à quel point élever une fille était une tâche de tous les instants. Pas qu’éduquer un garçon soit chose facile; mais comme ma maison n’est habitée que de petites humaines aux cœurs d’or, je ne sais rien des défis liés à l’éducation des hommes de demain. Mis à part quelques belles théories. Alors, je n’en parle pas. Je ne te dirais qu’une seule chose à ce sujet; il est à mon sens primordial que les petits hommes en devenir comprennent dès leur plus jeune âge, qu’il n’y ait que le genre humain qui prévaut sur toutes les idées préconçues qui ont tenu la route jusqu’ici. Qu’on soit né fille ou garçon n’a aucune importance. Que désormais, le masculin ne l’emporte plus sur le féminin. Et qu’il ne s’agit pas seulement d’une règle de grammaire. Que pleurer et faire la cuisine n’est pas qu’une affaire de fille et qu’être fort et vouloir devenir mécanicien n’est pas réservé aux garçons. Le poids de ce changement de mentalité ne doit pas reposer uniquement sur les frêles épaules des filles. Je dis frêle, non pas parce qu’une fille est plus faible qu’un garçon, mais bien parce que la charge de ce discours pèse lourd pour chacune d’entre nous. Leurs épaules seraient tout aussi frêles si les hommes devaient porter tout ce poids. C’est ce que je tente de t’expliquer à grands coups d’exemples qui n’ont l’air de rien.

 

Mais revenons à ce jour où la cloche de verre a éclaté. La rentrée et les nombreux jours qui lui ont succédé. Le ventre de ton école te tenait désormais loin de moi trop longtemps pour que son influence ne se fasse pas sentir. La cour des grands t’attendait avec sa bouche immense qui avale les petits enfants. Comme le grand méchant loup. Toi, mon petit chaperon à protéger, tu quittais la lenteur des matins de l’enfance. À partir de ce jour, tu devras apprendre à courir vite, sans regarder derrière. C’est que les loups sont partout de nos jours. Mais comme je me force à ne pas te transmettre les peurs qui me paralysent parfois, je me rappelle t’avoir offert mon plus beau sourire chargé d’amour. Dans l’histoire que je te raconterais ce soir-là, j’aurais transformé le loup en petit caniche. Même si j’étais consciente que les corbeaux de mon cœur risquaient de rattraper ton autobus en deux battements d’ailes et que je ne serais pas là pour les éloigner. C’est ce que je pouvais faire de mieux.

 

Les jours ont passé et ma peur s’est un peu calmée. Ce n’était pas si dramatique après tout de te laisser aller à l’école. Tu apprenais la vie différemment qu’avec moi. C’était bien parce que j’étais loin de détenir le savoir de toutes choses.

 

Un jour, tu es revenue de l’école avec de la tristesse dans les yeux. Des amies avaient ri de toi parce que tu voulais jouer dans le coin des camions. « Les camions, c’est pour les garçons » qu’elles t’ont dit. Tu es allée finalement jouer avec elles aux poupées. Raconter comme ça, ça l’air de rien, mais déjà, le jugement des autres se faisait sentir dans tes prises de décisions. Ma bonne volonté ne faisait pas le poids devant les trop nombreux stéréotypes qui fourmillent à l’école.

 

Il y a aussi eu ce jour où je t’ai demandé ce que tu souhaitais pour ta fête. Tu voulais une barbie beaucoup trop maquillée. Quand je t’ai fait remarquer que tu n’aimais ni les poupées ni les barbies, tu m’as répondu que toutes tes amies en avaient. J’ai alors pris conscience que l’influence des autres était désormais un facteur à considérer dans ton éducation.

 

L’année dernière, tu m’as dit : Maman, je pense que je suis une enfant différente. J’ai lu entre les lignes; pour toi, ce n’était pas une bonne chose de ne pas être comme les autres. J’ai eu beau t’expliquer que ne pas être un mouton à son lot de bons côtés, tu es restée avec une petite larme au coin de l’œil qui se retenait de tomber. J’ai alors compris que je devrais travailler fort pour cultiver chez toi la fierté d’emprunter des chemins un peu moins balisés.

 

Et puis, il y a eu cette journée ensoleillée, il y a quelques mois, ou nous avons eu cette discussion :

-Maman, je sais que je suis différente des autres.

-Pourquoi tu dis ça?

– Parce que j’aime les sciences et les robots et pas mes amies.

Et j’ai vu, dans tes yeux, une petite lueur de fierté. Cette fois, je n’ai pas eu besoin de te convaincre que la différence est un atout.

 

Chaque jour, je me plais à te voir construire ton identité. Je tiens ta main dans la mienne et j’espère t’entendre dire ce que ton cœur te chuchote. Car je te sais sensible aux autres et ta crainte de les décevoir te pousse parfois à ne pas dire ce que tu penses. Et c’est dans ces moments-là que je comprends à quel point éduquer une fille est un défi constant. Je me vois en toi; longtemps, ma gentillesse a eu le dos large parce que j’avais  peur de décevoir ou parce que je voulais me faire aimer. Petite, je n’ai su apprendre à faire entendre ma voix; personne n’a cru bon me montrer comment. Ce n’est que tout récemment, après plusieurs déceptions, que j’ai compris à quel point j’avais plus de valeur que ce que certains m’avaient laissé croire et que j’ai osé dire le fond de ma pensée. Chaque jour, je travaille à rendre ma voix plus assurée, mon pas plus déterminé.

 

J’espère seulement réussir à construire avec toi toute la confiance nécessaire pour que tu puisses affronter la grande vie sans moi. J’espère arriver à te convaincre que les différences que tu cultives sont une force, que ta personnalité est unique, qu’il t’est impossible de plaire à tout le monde (et que tu n’as pas à essayer de le faire). Que tu dois imposer tes limites aux autres et te respecter d’abord et avant tout. Mais avant de devenir une femme avec une force de caractère, tu dois apprendre à être une petite fille qui se tient debout. Lentement, avec ta présence à mes côtés, j’arrive à dompter mes démons. Et les corbeaux qui habitent mon cœur, je suis maintenant en mesure de les laisser s’envoler. Car ils ne sont plus le reflet de mes craintes que je pensais te transmettre. J’ai compris avec le temps que les oiseaux, peu importe leur couleur, ne sont pas faits pour vivre en cage. Alors, ils sont désormais à l’image des rêves que je souhaite te voir réaliser; leurs voix s’entremêlent dans un chant que je trouve étrangement mélodieux et ils se bousculent pour trouver la lumière du jour. Je les laisse quitter le nid de mon cœur pour voler jusqu’à toi. En toute confiance.

 

J’espère donc que ma pensée réussisse un peu à teinter la tienne, mais que peu importe le chemin que prendront tes idées pour s’émanciper, elles garderont comme point d’appui le respect de soi et des autres, l’affirmation et l’authenticité.

Diane Longpré, 2020, texte paru dans le recueil « Le peuple arpenteur » (aux éditions La Galère).

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Decrescendo

 

au cœur de la nuit que le temps avale

elle garde son mystère

 

pour l’enfant     neuvième symphonie

atteindre la mère

lancer sa pierre

sautiller sur un pied     puis l’autre

atteindre le ciel

 

et la chercher     depuis

 

à la marelle des jours

 

Filiation

 

passeuse à mon tour

chemin de traverse

du fil d’Ariane d’un autre dévidoir

j’aurai prêté mon aile

à l’étranger     si familier

 

nos sillages     ellipses entrecroisées

en parallèle     parfois

 

nous envolerons-nous     chacun à notre tour

sur des routes

que nous nous serons tracées

sans jamais nous connaître     vraiment

Madeleine Sauriol, 2020

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Femme de bord de mer et de cailloux

Femme de bord de mer et de cailloux, de champs et de fleurs sauvages

Femme de dentelles et de soieries aux grands yeux d’eau bleue

Fille de ruisseau, de pêche et de frêles coquillages

 

Petite fille de verdâtres feuillages, de campagne ou de ville

Écolière de rang, sur le bord d’un fossé

 

Femme timide et d’écrin de velours

Fière, haute tête de rubans

Femme de bouquets et de plantes

Incertaine et craintive

Femme d’école et de goût

Au regard bleu

Ingénieuse et de talent

Petite fille de papiers et de châteaux de sable

De fils et de décors

Cérébrale et volontaire

Petite fille de passions, de frisons et de volants

Femme rêveuse, terre à terre et de douce folie

Univers de ma vie

Femme

Et petite fille

 

Marcil Cossette, 2020

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La chanson repassée

À ma mère qui n’est plus de ce monde

 

Écrire un poème en repassant les nappes et quelques souvenirs.

 

Pish! Tu sais comment faire. Presse le bouton vapeur. La tête ailleurs dans le rossignol d’un refrain. Tes mains tournent les chemises. Si seulement il y avait un peu de vent. Valse le fer dans les pans clairs d’une journée d’été sans date précise. Ni souvenir de robe à col Claudine. Pish!

 

Pish! Pish! Tu remplis la petite piscine. Mets en scène nos rêves. Côté jardin. Tes bras de mère transforment notre plan d’eau en un océan d’attachements. Déferlement de minutes impérissables. Côté cour. À cause du sable. Tu nous imagines à Old Orchard. Côté cœur. Tu beurres le pain pour les sandwichs. Et quand la noirceur arrive. Tu fais apparaître le père qui envoie promener le Bonhomme Sept Heures au diable vauvert pendant que tu ranges les verres de liqueur en fredonnant À qui le p’tit cœur après neuf heures?

 

Monique Juteau, extrait de «Des lieux des villes un chou-fleur», Écrits des Forges.

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Ma mère

Toute sa vie,

elle a soulevé des montagnes

pour balayer

dessous les miasmes de la pauvreté.

 

La vie, toujours aussi contradictoire,

nous a fait habiter longtemps

la rue Richard.

 

Malgré toutes les maladies,

elle a toujours chanté.

Malgré tous les vêtements rapiécés,

je n’ai jamais su que j’étais pauvre.

 

C’était un personnage de Tremblay,

sans faux-semblant, sans fard.

J’en ai collé des timbres Gold Star.

 

Mais l’étoile la plus belle de toutes les ruelles,

c’était elle, ma joie et mon éternité : ma mère.

 

Guy Marchand, 2020

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Marie-Ange

 

Elle nous avait tellement entretenus, et depuis si longtemps, de son hypothétique décès qu’on en était venu à croire que ça n’arriverait jamais.

Quand nous avons réalisé qu’elle était sérieusement malade cette fois-ci, elle était déjà agonisante. En la voyant souffrir, agressive et paniquée, nier puis se résigner avec fatalité et être droguée afin de supporter la douleur, mon corps et mon esprit ont manifesté le rejet de sa fin avec violence et désespoir.

J’ai encaissé le choc difficilement. La présence de mon conjoint, de nos enfants, de tante Juliette et de ses enfants, qui se sont relayés à son chevet, m’a été précieuse dans ces moments difficiles.

J’ai pu ventiler, avec la psychologue de l’hôpital, ma culpabilité de ne pas l’avoir cru quand elle m’a annoncé son diagnostique, et lui ai fait rencontrer Juliette, elle aussi rongée par le même sentiment douloureux.

     –   Avoir su que cette fois-ci c’était vrai, j’aurais agi autrement, avons-nous dit et redit l’une et l’autre.

Je l’ai profondément aimée et je l’aime encore. Je me suis sentie aimée d’elle et j’ai été importante dans sa vie. Pas toujours de la bonne façon, souvent dans l’exaspération, pas de la manière que j’aurais voulu, mais aimée et importante.

Avant la fondation de ma propre famille, Marie-Ange a été la seule présence immuable et constante de ma vie, malgré la distance que j’ai prise pour me protéger d’elle, et la lourdeur d’une relation qu’il a fallu constamment démouler de la dépendance, de la manipulation et de la culpabilisation.

Mon chagrin s’est manifesté avec un débordement de regrets et une colère étouffée envers ce qui aurait pu être et ne sera plus jamais… et le pire… avec un inavouable et embarrassant soulagement.

Quelques semaines auparavant, exaspérée de l’entendre se plaindre de sa vie ennuyeuse, de ses sempiternelles insatisfactions, de ses attentes perpétuelles, de ses malaises constants, de ses voisins imprévisibles, de sa famille indifférente, de mon conjoint, de mes enfants et de moi qui ne lui accordions pas toute l’attention qu’elle méritait, je lui avais dit, en pleurant, que je n’étais plus capable.

Elle m’avait alors ressorti son je vais changer de vie, ça va changer bien des choses pour le mieux. Cette fois-ci, c’est arrivé, mais est-ce pour le mieux? Mon fils Karl m’a dit, lors de ses funérailles :

  • Elle était une femme de révolution, de guerre et de combat.

En effet, je prends conscience, qu’une grande partie de sa vie, elle a lutté pour changer son destin, redresser les injustices, qui faisaient d’elle une victime, et venger ses illusions perdues.

Elle était si pathétique, si démunie, si peu outillée dans son désir de bien faire et pour affronter la banalité du quotidien que, telle une mercenaire après la cessation des hostilités, elle s’est trouvé d’autres combats, dont ses procès utopiques où elle pouvait canaliser son ardeur de battante. Au moins, ces poursuites permettaient à de jeunes avocats de l’aide juridique d’acquérir de l’expérience.

En voyant son corps que la vie avait quitté, je lui ai crié : J’aurais tellement voulu que ça se passe autrement. À quoi bon rêver à un autrement qui n’a pas été, sans doute parce qu’il ne nous était pas destiné.

Il me faudra des années pour accepter que le chagrin puisse coexister pacifiquement avec le sentiment de délivrance, pour valider ce qui m’a manqué et apprécier ce que j’ai eu en abondance.

Des années pour que je m’ennuie de ses bons côtés et que je pense avec nostalgie à l’admiration et la confiance absolue d’une petite fille pour elle. Pour réentendre nos fous rires et repenser à notre complicité quand nous savions exactement à quoi l’autre pensait et finissions les phrases l’une de l’autre.

Je sais qu’elle m’a aimée plus que personne d’autre au monde. Je l’ai aimée et je l’aime encore, de façon absolue quand j’étais petite, avec des réserves de plus en plus nombreuses au fur et à mesure que j’ai vieilli.

Il m’a fallu du temps pour me départir des moyens de défense que j’ai érigés pour ne pas qu’elle me bouffe, même après sa disparition.

Marie-Ange sera toujours, et à jamais, ma maman-guerrière, à la fois combattive en temps de crise et épuisante en temps de paix. Quelle mère formidable elle aurait été si la maladie mentale ne me l’avait pas volée.

Monique T. Giroux, 2020

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 Mère matière

Depuis le premier jour de conscience, Mater veillait. Les scientifiques entretenaient ses rouages avec régularité, notaient les variations relevées sur les parois du bassin rectangulaire, au sommet duquel se détachait le nom de leur précieux prototype. Mater. Ils avaient tant travaillé sur ce réceptacle de la taille d’un lit, rempli d’une solution aqueuse, séparé en son centre étanche par une fine pellicule, parfaitement symétrique. C’est en ces eaux troubles que nous avons été façonnés. Dans la douceur amniotique de la matrice, nos corps presque identiques effleuraient la frêle barrière. Mater nous complétait, nous instruisait par le biais de transmetteurs neuronaux. Ses cadrans, rassurants, surplombaient l’incubateur où nous étions endormis, dans un silence aquatique. Aléa. Alaé.

Ariane Gélinas, Extrait de la nouvelle « Mère matière », publiée dans le recueil Le sabbat des éphémères (Éditions les Six Brumes, 2014)

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Mères

Mères, vous prêtez corps, vous lâchez prise

Non-non-non, vous vous ABANDONNEZ

Pendant un temps,

vous ne vous appartenez plus…je précise

 

Vous êtes dans les ailleurs

ce moment précis

où le miracle se produit

À cet instant

Vous créez     la     vie

Vous donnez la vie

 

Qu’aussitôt, un défi débute et demeure

c’est celui de reprendre souffle

de reprendre ses forces, ses pouvoirs,

De vous relever, au-dessus de vos peurs

De vous délivrer de vous-mêmes et de naitre vous aussi

 

Votre résilience est notre dignité

Ok, certaines me diraient qu’elles sont ¨capables tu seule¨

Mais vous êtes nos fondations sur lesquelles l’humanité est érigée

Alors je me contenterais de le saluer, la main sur le cœur

Par respect et engagement

Rien n’est jamais acquis mais, grâce aux mères,

On sait ce qu’est le sacrifice

Pour la beauté de tout ce qui est

De mère en fille à mère en fils

Dany Carpentier, 2020

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Pour toi maman

 

Je veux rendre immortelle, en ces alexandrins,

L’immense affection qui coule dans mes veines

Depuis mon premier lange et mes primes haleines,

Où tu me cajolais de tes doigts ivoirins.

 

Or les plus beaux joyaux au sein de tes écrins

Scintillent de clémence et de tendresse humaines ;

Complice de ma joie ou témoin de mes peines,

Sur l’autel de ton cœur j’éponge mes chagrins.

 

Lors qu’un essaim de ris bourdonne à mes oreilles,

De mes vives enfants, comme moi trop pareilles,

Dans cet amour je sais reconnaître le tien ;

 

Et quelle grandeur d’âme il faut chez une mère

Pour offrir à chacun son fidèle soutien !

Pour tout cela Maman je t’aime et tu m’es chère…

 

Diane DESCÔTEAUX, 2020

Sonnet dédié à ma mère

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PRÉSENCE

 

Ma mère est morte il y a cinquante ans mais je suis toujours son enfant quand mon souvenir la regarde.

 

VIVANTE, ARDENTE, PRÉSENTE.

 

Je suis sûr alors qu’elle est avec moi et je rêve qu’elle me prenne dans ses bras, dans son paradis.

 

Adieu la peur et la souffrance.

 

François de Vernal, 2020

8 mai 2020

Kim Johnston
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